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Racines de la condition humaine

Cet ouvrage articule la pensée et l’oeuvre de Schuon autour de deux aspects complémentaires de la doctrine sapientielle : d’une part, la métaphysique pure, d’ordre principiel et spéculatif ; d’autre part, le côté proprement opératif, spirituel et initiatique. Schuon rappelle que la condition humaine trouve sa raison d’être dans sa finalité même : la connaissance intellective du Réel transcendant, autrement dit, l’Absolu, Dieu, actualisée par les disciplines intellectuelles et spirituelles. De même, il restitue au cosmos tout entier sa transparence métaphysique, sa dimension théophanique, nous amenant à percevoir la Réalité divine à travers les « signes » et les « traces » qui la manifestent.

PRÉFACE

« Racines de la condition humaine : ce titre suggère une perspective soucieuse d’essentialité, donc consciente des principes, des archétypes, des raisons d’être ; consciente en vertu de l’intellection et non de la ratiocination. Sans doute vaut-il la peine de rappeler ici qu’il n’y a en métaphysique aucun empirisme : la connaissance principielle ne saurait dériver d’aucune expérience, bien que les expériences – scientifiques ou autres – puissent être les causes occasionnelles des intuitions de l’intellect. Les sources de nos certitudes transcendantes sont les données innées, consubstantielles à l’intelligence pure, mais de facto «oubliées» depuis la «perte du Paradis » ; aussi la connaissance principielle, selon Platon, n’est-elle rien d’autre qu’un «ressouvenir », et celui-ci est un don, le plus souvent actualisé par des disciplines intellectuelles et spirituelles, Deo juvante.
Le rationalisme, entendu au sens le plus large, est la négation même de l’anamnèse platonicienne ; il consiste à chercher les éléments de certitude dans les phénomènes et non dans notre être même. Les Grecs, hormis les sophistes, n’étaient pas à proprement parler des rationalistes ; il est vrai que Socrate a rationalisé l’intellect en insistant sur la dialectique et partant sur la logique, mais on pourrait dire aussi qu’il a intellectualisé la raison ; c’est là l’ambiguïté de la philosophie grecque, le premier aspect étant représenté par Aristote, et le second, par Platon, approximativement parlant. Intellectualiser la raison : c’est une procédure inévitable et toute spontanée dès lors qu’on entend exprimer des intellections que la seule raison ne saurait atteindre ; la différence entre les Grecs et les hindous est ici une question de degré, en ce sens que la pensée hindoue est plus «concrète» et plus symboliste que la pensée grecque. A vrai dire, il n’est pas toujours possible de distinguer d’emblée un raisonneur qui accidentellement a des intuitions, d’un intuitif qui pour pouvoir s’exprimer doit raisonner, mais cela ne pose pratiquement pas de problème ; pourvu que la vérité soit sauve.
Le rationalisme, c’est la pensée du «donc» cartésien, lequel entend signifier une preuve ; ce qui n’a rien à voir avec le «donc» que nous impose le langage quand nous entendons exprimer un rapport logico-ontologique. Au lieu de cogito ergo sum, on devrait dire : sum quia est esse, «je suis parce que l’Être est»; «parce que» et non «donc». Notre certitude d’exister serait impossible sans l’Être absolu, donc nécessaire, qui inspire et notre existence et notre certitude ; Être et Conscience, ce sont là les deux racines de notre réalité. Le Vedânta ajoute la Béatitude, qui est le contenu ultime et de la Conscience et de l’Être.
Connaître, vouloir, aimer : c’est toute la nature de l’homme et c’est par conséquent toute sa vocation et tout son devoir. Connaître totalement, vouloir librement, aimer noblement ; ou autrement dit : connaître l’Absolu, et ipso facto ses rapports avec le relatif ; vouloir ce qui s’impose à nous en fonction de cette connaissance; et aimer le vrai et le bien, et ce qui les manifeste ici-bas; donc aimer le beau qui y mène. La connaissance est totale ou intégrale dans la mesure où elle a pour objet ce qui est le plus essentiel et partant le plus réel; la volonté est libre dans la mesure où elle vise ce qui, étant le plus réel, nous libère ; et l’amour est noble par la profondeur du sujet autant que par l’élévation de l’objet ; la noblesse est fonction de notre sens du sacré. Amore e’I cuor gentil sono una cosa : le mystère de l’amour et celui de la connaissance coïncident. » Frithjof Schuon

Extrait

« La féminité est ce qui dépasse le formel, le fini, l’extérieur ; elle est synonyme d’indétermination, d’illimitation, de mystère, et elle évoque ainsi l’ “Esprit qui vivifie” par rapport à la “lettre qui tue”. C’est dire que la féminité au sens supérieur comporte une puissance solvante, intériorisante, libératrice : elle libère des durcissements stériles, de l’extériorité dispersante et des formes limitatives et comprimantes. D’une part, on peut opposer la sentimentalité féminine à la rationalité masculine – en moyenne et sans oublier la relativité des choses -, mais d’autre part, on oppose également au raisonnement des hommes l’intuition des femmes ; or c’est ce don d’intuition, chez les femmes supérieures surtout, qui explique et justifie en grande partie la promotion mystique de l’élément féminin ; c’est par conséquent aussi en ce sens que la Haqîqah, la Connaissance ésotérique, peut apparaître comme féminine».

Frithjof Schuon, Racines de la condition humaine, p. 67.

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