Critique du Monde Moderne

Aujourd’hui le nanomonde, Pièces et Main d’oeuvre

La fabrique du consentement

 

Pièces et main d’œuvre est un collectif anonyme grenoblois qui mène depuis les années 2000 un véritable travail journalistique sur les enjeux économiques jamais énoncés qui se dissimulent derrière le paravent des bonnes intentions industrielles. La technique devient éthique pour mieux générer du fric. Lorsque le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt – et lorsque le technicien regarde les zones de croissance encore non déflorées du paysage économique, le citoyen confiant ne s’arrête qu’aux prétendues aspirations environnementales, sécuritaires et sanitaires des multinationales.

 

Publié en 2008, Aujourd’hui le nanomonde résumait déjà alors plusieurs années d’enquêtes sur le sujet de la fabrique du consentement à la religion progressiste.

En 2004, le GIXEL (Groupement des Industries Electroniques) publiait un Livre bleu au sein duquel étaient débattus les moyens par lesquels la filière du numérique et de l’électroniques pourrait prendre une ampleur économique véritablement conséquente. Les grands axes de ce programme visaient alors l’internet très haut débit pour tous, la télé HD, l’automobile intelligente et sécurisée, la sécurité du territoire, la domotique, l’identité numérique (au service du citoyen, précise-t-on dans le plus subtil art de l’inversion), la télémédecine (pour la santé et le confort du patient, affirme-t-on encore avec une emphase hallucinée) et l’amplification des technologies dites basiques par la nanotechnologie.

 

Ce document mériterait d’être redécouvert par chacun d’entre nous aujourd’hui pour comprendre, entre autres situations exemplaires, le renversement qui s’est produit dans le discours de nos gouvernements entre le mois de février et le mois de mars 2020, du passage de l’affirmation de l’inoffensivité d’un virus à une déclaration de guerre des plus lyriques quelques semaines plus tard. Que s’est-il passé entre temps ? L’occasion fait le larron, dit le proverbe populaire. Les terroristes islamistes n’ayant pas commis autant d’attentats qu’il n’en aurait été souhaitable pour que les occidentaux réclament d’eux-mêmes plus de sécurité et de contrôle, l’angoisse devait surgir d’ailleurs. Le virus allait supplanter les terroristes pour convaincre les consommateurs de la nécessité de quadriller le territoire d’objets de surveillance, de mettre en place la biométrie et de renforcer l’appareillage technologique des foyers. Le monde est mort, mais les écrans se connectent. La crainte de la grippe serait plus efficace que la frousse de voir des mecs se faire exploser un peu n’importe où. Dans un cas comme dans l’autre, l’objet servant de support à l’angoisse n’est qu’un prétexte.

 

« La sécurité engendre le sentiment de sécurité. Confiance et tranquillité d’esprit résultent de la pensée qu’il n’y a pas de danger à redouter. Le climat d’insécurité a toujours été et sera toujours un frein à la croissance économique. Assurer la sécurité des citoyens, leur domicile, les lieux de travail, les lieux publics, les transports, est un objectif primordial dans toute démocratie car c’est une condition de la stabilité du système démocratique lui-même. […] Nous devons mobiliser toutes les ressources de la technologie moderne pour redonner confiance à nos concitoyens. A terme, c’est une paralysie de l’économie ou au moins une baisse de l’efficacité économique qui est la cible des terroristes. » (GIXEL)

 

Les techniques permettant d’instaurer le consentement sont évoquées au paragraphe suivant :

« La sécurité est très souvent vécue dans nos sociétés démocratiques comme une atteinte aux libertés individuelles. Il faut donc faire accepter par la population les technologies utilisées et parmi celles-ci la biométrie, la vidéosurveillance et les contrôles. »

 

Les résistances de la population à ce nouvel asservissement sont évidemment anticipées :

« La même approche ne peut pas être prise pour faire accepter les technologies de surveillance et de contrôle, il faudra probablement recourir à la persuasion et à la réglementation en démontrant l’apport de ces technologies à la sérénité des populations et en minimisant la gêne occasionnée. Là encore, l’électronique et l’informatique peuvent contribuer largement à cette tâche. »

 

Naturellement, la filière de l’électronique et du numérique, comme toutes les autres filières industrielles, ne peut que chercher à défendre ses intérêts économiques. Nous n’interrogerons pas l’inconscience des individus qui pensent désirer réellement son essor (« Il faut qu’il y ait du scandale ; mais malheur à celui par qui le scandale arrive ») et ces préoccupations économiques restaient encore légitimes en ce sens qu’en 2004, elles avaient le mérite d’être explicites. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

 

 

L’enfumage s’étend progressivement sur le discours. Un grand brouillard se lève. L’énonciation de ces objectifs économiques dans la langue la plus explicite ne devient plus supportable. Les techniciens, qui pressentent que les consommateurs n’auront pas nécessairement envie de voir leur territoire se quadriller de nouveaux outils de surveillance pour favoriser le dynamisme économique de la filière électronique, commencent à enrober leurs intentions d’un agréable molleton de persuasion progressiste. C’est la première étape : l’homme semble encore manipuler le discours – les industriels savent qu’ils enfument. La transition s’achemine alors imperceptiblement vers la seconde étape : le discours fonde définitivement l’homme. Les techniciens eux-mêmes finissent par croire à leurs bonnes intentions. Les technologies verdissent, deviennent éthiques, responsables et intelligentes. Nous devenons à nouveau les dupes du discours du maître. Ni les maîtres supposés ni les dominés avérés n’y échappent, le véritable sujet supposé plein n’étant autre que la science avec un S majuscule. Science qui promet de répondre à ceux de nos besoins que nous ne soupçonnerions même pas encore. Science à laquelle nous ne pouvons pas nous dérober à moins de nous exclure de l’humanité.

Avec la science, nous n’assistons pas à une nouvelle modalité de discours entraînant l’asservissement de beaucoup au profit de quelques-uns. Ce type de discours a toujours existé. Le phénomène inédit gît dans la possibilité qu’actualise la technique de donner aux fantasmes de quelques-uns la possibilité de se réaliser sur le plan matériel. Le fantasme de se reproduire sans coïter n’est par exemple pas nouveau, mais que le perfectionnement des techniques de PMA et GPA le permette est en revanche inédit. D’une autre façon, « ainsi ne peut-on s’attaquer à la biométrie, nouveau produit de masse de l’industrie électronique, sans s’attaquer à la nécessité d’identifier, ni réclamer l’abolition des passeports et des cartes d’identité. »

 

Pièces et main d’œuvre travaille à mettre en évidence chacune des étapes de ce travail d’aliénation secondaire : rémission de l’homme, considéré comme citoyen-consommateur, c’est-à-dire adepte de la délégation de sa responsabilité à une entité fantasmatique (le pouvoir politique, la science) qui se présente comme pleine, alors qu’elle ne tient que par la crédulité de ses sujets.

 

« Aujourd’hui, tandis que les économistes de l’Inra Grenoble travaillent sur « l’acceptabilité des OGM », le « double étiquetage » et les « perspectives des start-up de biotechnologie », Roland Douce, enseignant-chercheur à l’université Joseph-Fourier, directeur de l’Institut de biologie structurale, membre de l’Académie des sciences, rédige le rapport souhaité par Claudie Haigneré, ministre de la Recherche et des Nouvelles technologies, pour ouvrir nos champs aux cultures transgéniques. On attend l’objection de conscience d’un seul chercheur parmi les dix-huit mille qui servent paraît-il dans nos deux cent cinquante laboratoires technopolitains. »

 

Le discours ne dit absolument rien de la réalité des effets de l’introduction de ce morceau d’impossible que sont les nanotechnologies que nous trouvons aujourd’hui à tous les coins de rue.

« Bien sûr, vous avez le contact direct avec vos nanoparticules personnelles : cosmétiques, vêtements, emballages alimentaires, etc. Et dans l’environnement, vous inhalez et vous avalez les nanoparticules issues de l’usure des pneus, des encres, des matériaux de construction, etc. En bout de course, le dioxyde de titane de votre crème solaire finit sous la douche, dans les effluents, dans nos verres »).

Nous en trouvons jusque dans le dernier vaccin à la mode qui est censé permettre l’immunité grâce à ses « nanoparticules portant les épitopes immunogéniques dominants du virus SARS-CoV2, reconnus par les cellules B et T » (Source Institut Pasteur) alors même que nous ignorons beaucoup de la réaction de ces nanoparticules à long terme dans les organismes vivants.

« Les raisons de craindre sont en fait bien réelles. (…) un matériau comme les nanotubes de carbone, composé de fibres rigides, sur lequel sont fondés de grands espoirs, a les mêmes propriétés physiques que l’amiante, et peut donc provoquer le même type de cancer du poumon. D’ailleurs, des expériences récentes ont montré que ces fibres tuent rapidement des lapins de laboratoire. Les laboratoires de recherche de l’Oréal viennent d’abandonner leurs travaux sur un composé voisin, les fullerènes, boules géométriques d’atomes de carbone (les « buckyballs »). On commence à s’interroger sur les dangers de la dispersion de nano-matériaux dans l’environnement, en particulier sur les risques d’inhalation ou d’ingestion. » (Revue Le Minotaure, déc 2003/janv 2004)

 

L’efficience du discours dominant n’existe que de notre empressement à abandonner notre responsabilité à une certitude qui, pour être la plus affirmée, engendre certainement le plus d’ignorance. Telle est la dimension comique de la condition humaine. Sa condition tragique ressort quant à elle de l’ignorance des effets réels qu’engendrent ces mirages fantasmatiques. Pièces et main d’œuvre nous permet de traquer ces leurres dans l’ordre du discours qui se constitue à la croisée du règne marchand et du règne scientifique.

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