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I COMME INFORMATION

Divagation sur un mot : Information

Ce mot est très intéressant et si l’on se mettait à l’étudier véritablement, on comprendrait d’une part, à un niveau inférieur, l’importance particulière qu’il a pris dans la modernité (et conséquem-ment le rôle réel de la presse) et, d’autre part, sur le plan métaphysique, les modalités de l’acquisition de la connaissance. Mais je reste ici à la surface.
Que veut dire « information » ? Action d’informer ? Certes, et qu’est-ce qu’ « informer» ?
C’est là que le mot trahit l’objectif de la presse qui, je le rappelle, est une invention de la modernité… « Informer » vient du latin informare , lui-même construit sur le mot forma qui signifie à la fois « forme », « aspect » et « beauté ». Le sens premier et véritable du verbe n’est donc pas « porter à la connaissance de » mais bien « façonner », « fabriquer », « former dans l’esprit » et « information » ne veut pas dire « connaissance», « donnée » etc., mais, au sens strict, «façonnement », « fabrication ».
Il serait bon que le public, ce public qui se délecte de la presse, qui cherche sans cesse à «s’informer », devant les chaînes de télévision ou par l’intermédiaire de journaux et autres prétendus sérieux magazines, se questionne sur la réalité de ce mot… Il y a là en vérité quelque chose d’extrêmement grave…que le mot révèle clairement. Il serait bon que ce public cherche à déceler la malsaine volonté déguisée de ceux qui osent nous dire qu’ils ont le « devoir » de nous informer… Qui et de quel droit peut prétendre façonner nos esprits ?
L’on pourrait me dire que je joue sur les mots, que je cherche de vaines querelles, que nos saints gouvernements ont promu la presse dans l’unique but d’éclairer le public, de l’instruire, de l’élever. Il y a, pour moi, quelque chose de sacré dans les mots. Je les prends par conséquent, contraire-ment à ceux qui sont victimes de ces systèmes de penser, très au sérieux et maintiens que ce sont eux qui jouent avec les mots en cherchant à corrompre leur sens, en tentant de les dénaturer pour duper les esprit ou les maintenir dans la confusion mortifère. Or le mot lui-même indique qu’il ne peut que signifier « façonnement », «formation» mentale.
Le mental est comme un matériau brut que les expériences, les acquisitions, les perceptions modèlent de telle ou telle façon (en d’autres termes, il y a là un ensemble de virtualités qui s’actualisent et donnent à l’esprit telle ou telle teinte). Cela étant, les enjeux de l’information sont extrêmement graves parce que, finalement, ils touchent même à la destinée future de l’homme… Que pourra espérer l’homme qui, volontairement, par négligence ou par paresse, aura laissé son esprit être façonné par des mensonges… ?
Du reste, il est évident que le façonnement en question se fait nécessairement au cours de la vie, l’on vit même, pour ainsi dire, afin d’être façonné ; mais façonné comment ? Tout l’enjeu de la vie se tiendrait dans la réponse à cette question…(Nos pensées nous façonnent, nos intentions nous façonnent, nos mots nous façonnent et nos actions nous façonnent ; c’est le résultat de ce façonnement permanent qui détermine en partie notre sort.)
Un mot encore de la presse : Pour ma part, je n’ai jamais été attiré par la presse, ni par l’«actualité», parce que je n’y vois pas d’intérêt capital. J’étais d’avis, dans ma jeunesse, que les journaux n’étaient que des instruments de divertissement (divertir : détourner) promus aussi bien par les sociétés prétendument libres que celles qui le sont un peu moins pour empêcher le peuple de…d’avoir le temps de s’intéresser aux questions essentielles. Plus tard – parce que, ne m’intéressant pas à ces futilités, j’avais le temps de paresser et de me poser certaines questions – j’ai appris cette presse, outre ce côté divertissant, avait pour objectif inavoué de corrompre les masses et de provoquer, en fin de compte, rien de moins que le détraquement généralisé des peuples. Ma suspicion initiale s’est transformée en une juste répugnance. Le mot lui-même me donne raison en l’occurrence, il suffit de jeter un bref regard sur nos sociétés pour voir dans quel sens le façonnement s’est fait au cours des deux derniers siècles…
Cela étant donné, je ne suis pas totalement déconnecté de ce qui se passe dans le monde mais, pour des raisons que j’ai évoquées en d’autres circonstances, j’attache fort peu de prix précisé-ment à CE QUI PASSE, car, de mon point de vue, les choses qui sont réellement dignes de notre intérêt NE PASSENT PAS… Il y a d’un côté les principes, les lois générales, les mouvements globaux et conséquents et, d’un autre côté, les phénomènes, les faits, les effets qu’ils produisent. Est-il préférable de s’intéresser à ceci ou à cela ? La question ne pose pas pour moi. Pour autant, il n’y a pas de mal absolu à s’intéresser à ce qui se passe, il faudrait simplement que cet intérêt soit modéré, que ce qui ne passe pas ne soit jamais perdu de vue et…que l’on cherche à prendre connaissance des faits selon des sources dignes de confiance…
Ignarus Bactrianus
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